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RESSOURCES • ENGAGEMENT & SANTÉ MENTALE

Quelles capacités humaines deviennent essentielles face à l’intelligence artificielle ?

Parce que plus l’IA augmente nos moyens, plus notre capacité à comprendre, choisir, entrer en relation et assumer nos décisions devient décisive.

Par Emmanuelle Ducassé • 9 min de lecture • Mis à jour en août 2026

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Dans cet article

  • L’IA peut augmenter nos moyens sans augmenter automatiquement notre discernement
  • Produire plus vite ne veut pas forcément dire penser mieux
  • Cinq capacités humaines qui deviennent plus essentielles face à l’IA
  • Utiliser l’IA sans cesser d’être acteur : le processus CARE
  • Cinq questions pour interroger votre propre usage de l’IA
  • Ce que je voudrais que vous reteniez
  • Questions fréquentes

Points saillants

  • L’IA peut augmenter considérablement nos moyens, mais elle n’augmente pas automatiquement notre capacité à juger ce qui est juste, pertinent ou utile.
  • Esprit critique, attention, qualité relationnelle, capacité d’arbitrage et responsabilité deviennent plus importants, pas moins, lorsque l’IA prend davantage de place.
  • L’enjeu n’est pas de choisir entre l’humain et l’IA, mais de construire une alliance dans laquelle l’humain reste acteur de ce qu’il comprend, choisit et décide de faire.

Lorsque j’ai commencé à formaliser le Leadership optimal™, j’ai naturellement utilisé l’intelligence artificielle. J’avais beaucoup de modèles, des années d’expérience, des connaissances issues de différentes approches et surtout une intention très claire : construire un système simple, accessible et réellement utile.

Au départ, je me suis pourtant laissée porter par certaines propositions de l’IA. Elles étaient bien structurées, convaincantes, parfois même assez séduisantes pour que je me dise rapidement : « oui, ça fonctionne ».

Puis j’ai repris du recul. Est-ce vraiment ce que je veux dire ? Est-ce suffisamment simple ? Est-ce fidèle à mon expérience ? À ma posture ? À ce que je veux transmettre ?

C’est à ce moment-là que l’outil est devenu véritablement intéressant. Non plus parce qu’il produisait à ma place, mais parce qu’une vraie co-construction commençait, avec des allers-retours, des objections, des reformulations et, surtout, une décision qui restait la mienne.

L’IA peut augmenter nos moyens sans augmenter automatiquement notre discernement

Je ne suis pas nostalgique d’un monde sans IA et je ne souhaite surtout pas y revenir. Dans ma propre activité, elle m’a déjà permis de réaliser des choses que j’aurais difficilement faites seule dans les mêmes délais.

La refonte de mon site en est un bon exemple. En quelques semaines, j’ai pu travailler le positionnement, les textes, les visuels et différentes options graphiques sans recourir à plusieurs prestataires. Le gain de temps et de budget a été réel.

La recherche confirme que ces gains ne sont pas imaginaires. Dans une expérience randomisée menée auprès de 453 professionnels, l’utilisation de ChatGPT pour des tâches rédactionnelles a réduit le temps nécessaire d’environ 40 % tout en améliorant la qualité moyenne des productions de 18 % (Noy & Zhang, 2023).

Mais augmenter notre capacité de production n’est pas la même chose qu’augmenter notre capacité de discernement. Et c’est précisément là que l’humain doit rester présent.

Produire plus vite ne veut pas forcément dire penser mieux

Je l’ai aussi appris en produisant mes contenus. Au début, puisque l’IA permettait d’aller vite, j’avais tendance à produire beaucoup. Puis arrivait le moment de publier et, en relisant à tête reposée, je découvrais des formulations qui ne me ressemblaient pas, une source à vérifier, une incohérence ou simplement un texte qui ne disait pas exactement ce que je voulais dire.

J’avais produit plus vite, certes. Mais avais-je réellement gagné du temps ? Pas toujours.

Cette question mérite d’être posée, car l’efficacité apparente peut aussi produire de la dispersion. Une demande en entraîne une autre, puis une nouvelle variante, puis une piste intéressante que l’on n’avait absolument pas prévu d’explorer. Deux heures plus tard, nous avons quinze possibilités supplémentaires et parfois moins de clarté qu’au départ.

Une étude publiée en 2025 auprès de 319 travailleurs de la connaissance va dans ce sens : une plus grande confiance accordée à l’IA était associée à un moindre recours déclaré à la pensée critique. Les auteurs observent aussi que l’IA déplace une partie de l’effort vers la vérification, l’intégration des réponses et la supervision de la tâche (Lee et al., 2025). Il s’agit d’une étude déclarative et non d’une preuve que l’IA détériore nos capacités cognitives, mais elle rappelle utilement que déléguer une production ne supprime pas la nécessité de penser ce que l’on en fait.

Cinq capacités humaines qui deviennent plus essentielles face à l’IA

C’est ici que je fais directement le lien avec les cinq piliers du Leadership optimal™. Ils n’ont pas été conçus comme un modèle « spécial IA ». Ils répondent plus largement à une question : comment rester lucide, engagé et capable d’agir dans des environnements accélérés, complexes et exigeants ?

L’IA rend simplement cette question encore plus décisive.

Clarté & Alignement : penser avant de solliciter l’IA

Avant même d’écrire un prompt, il est utile de savoir ce que l’on cherche. Quelle est mon intention ? Quelle question est-ce que j’essaie réellement de résoudre ? Quels critères comptent pour moi ? Qu’est-ce que je sais déjà ?

Cette étape paraît presque trop évidente, pourtant je vois combien il est facile de commencer directement par demander à l’IA de produire, puis de se laisser entraîner par ce qu’elle propose.

La clarté permet aussi de vérifier une réponse plutôt que de la prendre pour argent comptant. Une formulation fluide et convaincante n’est pas une garantie de vérité. L’esprit critique, la vérification des sources et la capacité à distinguer une donnée d’une interprétation deviennent donc essentiels.

Avant de demander à l’IA de penser avec nous, nous avons intérêt à commencer par penser un peu nous-mêmes.

Agilité émotionnelle : repérer ce qui nous entraîne

L’usage de l’IA n’est pas seulement rationnel. Il peut aussi nourrir l’urgence, la comparaison, le perfectionnisme, la peur de passer à côté d’une possibilité ou simplement l’envie de poursuivre parce qu’une nouvelle réponse est toujours disponible.

Je peux moi-même commencer par chercher une formulation et me retrouver à explorer beaucoup plus que prévu. L’IA ne m’a pas forcée à rester devant mon écran, évidemment. Mais sa capacité à générer instantanément de nouvelles possibilités rend parfois la limite moins évidente.

L’agilité émotionnelle consiste alors à observer ce qui nous entraîne : est-ce encore utile ? Suis-je en train d’améliorer réellement mon travail ou seulement de calmer l’inconfort de devoir choisir ? Ai-je besoin d’une nouvelle option ou d’assumer celle que j’ai déjà ?

Retrouver cette capacité permet de passer d’un usage réactif à un usage davantage choisi.

Qualité relationnelle : ne pas confondre interaction et relation humaine

L’IA peut nous aider à préparer une conversation, reformuler un message, explorer un point de vue ou nous entraîner à répondre à une objection. Je trouve ces usages précieux.

Mais une IA reste une machine. Elle ne remplace pas la rencontre humaine, l’interdépendance et tout ce que nous construisons dans la relation avec d’autres personnes.

Les technologies multimodales peuvent désormais analyser la voix, des images, des expressions ou certains signaux comportementaux. Cela ne signifie pas qu’elles vivent la relation humaine. Une conversation réelle comporte les réactions inattendues, les silences, les ajustements, les désaccords, l’histoire commune et tout ce qui se construit progressivement entre les personnes.

La recherche montre depuis longtemps l’importance profonde des relations sociales pour la santé et le fonctionnement humain. Une méta-analyse de 148 études et 308 849 participants a ainsi retrouvé une association importante entre la qualité des relations sociales et la survie (Holt-Lunstad et al., 2010). Cette donnée ne dit évidemment pas que l’IA ne peut jouer aucun rôle relationnel ; elle rappelle surtout combien préserver nos connexions d’humain à humain reste un enjeu fondamental.

Équilibre & Priorités : rester maître de son attention

L’un des paradoxes de l’IA est qu’un outil censé nous faire gagner du temps peut aussi multiplier ce à quoi nous pourrions consacrer du temps.

Produire cinq variantes devient facile. Explorer vingt idées aussi. Résumer dix documents, comparer plusieurs stratégies ou approfondir encore une piste devient techniquement possible. Mais notre attention, elle, n’est pas devenue infinie.

Une expérience menée auprès de 758 consultants illustre bien cette ambivalence. Pour 18 tâches adaptées aux capacités de l’IA étudiée, son utilisation améliorait nettement vitesse, volume et qualité. En revanche, pour une tâche complexe située hors de ses capacités, les utilisateurs de l’IA étaient 19 % moins susceptibles d’obtenir la bonne réponse (Dell’Acqua et al., 2026).

Savoir utiliser l’IA suppose donc aussi de savoir quand ne pas l’utiliser, quand arrêter et où notre attention humaine apporte réellement de la valeur.

Décision & Action lucide : la décision finale appartient à l’humain

C’est probablement le principe auquel je tiens le plus.

L’IA peut synthétiser, comparer, chercher des alternatives, challenger une idée et faire apparaître un angle mort. Elle peut nous aider à éclairer une décision. Mais la décision finale appartient à l’utilisateur, jamais à l’IA.

L’expérience des consultants citée précédemment montre précisément pourquoi cette vigilance est nécessaire : les capacités de l’IA ne sont pas uniformes et leur frontière peut être difficile à identifier, même pour des professionnels experts.

Décider suppose encore de replacer une information dans son contexte, de tenir compte des valeurs, des conséquences et des personnes concernées, puis d’assumer ce qui sera fait.

L’IA est au service de l’humain, pas le contraire. Elle peut contribuer au raisonnement ; elle ne porte pas la responsabilité professionnelle, relationnelle ou éthique qui accompagne nos choix.

Utiliser l’IA sans cesser d’être acteur : le processus CARE

Les cinq piliers décrivent les capacités humaines que nous avons intérêt à continuer à exercer. Le processus CARE offre, lui, une manière très concrète de les mobiliser lorsque nous utilisons l’IA.

  • Clarifier, c’est comprendre ce que l’on cherche, prendre du recul et faire émerger ce qui compte réellement avant de solliciter l’outil.
  • Activer, c’est identifier les ressources, les leviers et les marges de manœuvre disponibles. L’IA peut en faire partie, mais elle reste une ressource parmi d’autres.
  • Renforcer, c’est questionner les réponses, confronter les informations, apprendre de l’expérience et développer progressivement une pratique plus pertinente.
  • Engager, enfin, c’est revenir à l’humain pour transformer la réflexion en décision et en action concrète, réaliste et assumée.

Cette boucle permet de rester acteur pendant que l’on utilise l’IA, plutôt que de se laisser simplement entraîner par ce qu’elle est capable de produire.

Cinq questions pour interroger votre propre usage de l’IA

Avant de chercher à utiliser davantage l’IA, il peut être intéressant de regarder comment vous l’utilisez déjà.

  1. Est-ce que je sais clairement ce que je cherche avant d’ouvrir l’outil ?
  2. Quelles réponses ai-je tendance à accepter trop rapidement sans les confronter à d’autres sources ou à ma propre expertise ?
  3. L’IA me fait-elle réellement gagner du temps ou m’amène-t-elle parfois à produire et explorer davantage que nécessaire ?
  4. Quelles interactions humaines ai-je intérêt à préserver parce qu’elles apportent quelque chose qu’une interaction avec une machine ne remplace pas ?
  5. À quels moments ai-je besoin de reprendre explicitement la main pour choisir, arbitrer et assumer la décision ?

 

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Ce que je voudrais que vous reteniez

Je ne crois pas que l’enjeu soit de choisir entre l’humain et l’intelligence artificielle. Ce « ou » me paraît beaucoup moins intéressant que le « et ».

L’IA peut réellement augmenter notre capacité à produire, explorer, apprendre ou créer. Une étude expérimentale sur la création de nouvelles a d’ailleurs montré que l’accès à des idées générées par l’IA pouvait améliorer la créativité individuelle des productions, tout en les rendant collectivement plus similaires. Là encore, le bénéfice existe, mais il vient avec une tension qu’il faut savoir regarder (Doshi & Hauser, 2024).

Pour moi, le véritable enjeu est donc de construire une alliance dans laquelle l’IA augmente nos moyens sans nous faire renoncer à exercer les capacités qui nous permettent de comprendre, entrer en relation, choisir et assumer nos actions.

Plus l’environnement s’accélère, plus ces capacités humaines deviennent précieuses. Et peut-être que la vraie question, la prochaine fois que nous ouvrirons un outil d’IA, sera simplement : est-ce qu’il m’aide ici à devenir davantage acteur, ou suis-je progressivement en train de lui laisser cette place ?

Questions fréquentes

Quelles compétences humaines l’IA ne remplace-t-elle pas ?

La frontière évolue rapidement, ce qui invite à être prudent avec toute liste définitive. En revanche, l’usage de l’IA continue de nécessiter des capacités humaines telles que la clarification d’une intention, l’esprit critique, la contextualisation, l’arbitrage, la responsabilité et la qualité relationnelle. L’enjeu n’est donc pas seulement ce que l’IA « sait faire », mais ce que l’humain doit continuer à exercer pour utiliser ses productions de manière pertinente.

L’intelligence artificielle risque-t-elle de réduire notre esprit critique ?

Nous ne disposons pas aujourd’hui de preuves permettant d’affirmer simplement que l’IA « détruit » l’esprit critique. Une étude auprès de 319 travailleurs suggère néanmoins qu’une confiance plus élevée dans l’IA est associée à un moindre engagement déclaré dans certaines activités de pensée critique. Les auteurs insistent notamment sur la vérification, l’intégration et la supervision des réponses comme nouvelles formes importantes de travail cognitif (Lee et al., 2025).

L’IA permet-elle réellement de gagner du temps au travail ?

Oui, dans certaines tâches et certains contextes. Des expériences contrôlées montrent des gains importants sur des tâches de rédaction ou de conseil adaptées aux capacités des modèles utilisés. Mais ces gains ne sont pas universels : lorsque l’IA est utilisée sur des tâches pour lesquelles elle est moins performante, elle peut aussi dégrader la qualité du résultat. La bonne question devient donc moins « l’IA fait-elle gagner du temps ? » que « sur quelles tâches, dans quelles conditions et avec quelle supervision humaine ? »

Faut-il former les salariés aux outils d’IA ou aux capacités humaines ?

À mon sens, les deux doivent progresser ensemble. Savoir utiliser un outil est utile, mais cela ne suffit pas pour déterminer ce qu’il est pertinent de lui confier, vérifier ses productions, protéger son attention, coopérer avec d’autres personnes ou assumer une décision. Une organisation qui développe l’usage de l’IA sans renforcer parallèlement ces capacités humaines risque de développer les moyens de production sans renforcer suffisamment le discernement nécessaire pour les utiliser.

Références scientifiques

Dell’Acqua, F., McFowland, E., III, Mollick, E., Lifshitz-Assaf, H., Kellogg, K. C., Rajendran, S., Krayer, L., Candelon, F., & Lakhani, K. R. (2026). Navigating the jagged technological frontier: Field experimental evidence of the effects of artificial intelligence on knowledge worker productivity and quality. Organization Science. doi:10.1287/orsc.2025.21838.

Doshi, A. R., & Hauser, O. P. (2024). Generative AI enhances individual creativity but reduces the collective diversity of novel content. Science Advances, 10(28), eadn5290. doi:10.1126/sciadv.adn5290.

Holt-Lunstad, J., Smith, T. B., & Layton, J. B. (2010). Social relationships and mortality risk: A meta-analytic review. PLOS Medicine, 7(7), e1000316. doi:10.1371/journal.pmed.1000316.

Lee, H.-P., Sarkar, A., Tankelevitch, L., Drosos, I., Rintel, S., Banks, R., & Wilson, N. (2025). The impact of generative AI on critical thinking: Self-reported reductions in cognitive effort and confidence effects from a survey of knowledge workers. Proceedings of the 2025 CHI Conference on Human Factors in Computing Systems, Article 1121, 1–22. doi:10.1145/3706598.3713778.

Noy, S., & Zhang, W. (2023). Experimental evidence on the productivity effects of generative artificial intelligence. Science, 381(6654), 187–192. doi:10.1126/science.adh2586.

A propos d’Emmanuelle Ducassé

Emmanuelle Ducassé est fondatrice de Feel&Woop, conférencière, formatrice et professionnelle de l’accompagnement. Elle développe le Leadership optimal™, une approche structurée autour de cinq piliers pour renforcer les capacités humaines nécessaires à une action lucide, engagée et durable.

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